" – Peu importe d’où l’on vient. Il n’y a pas de tonique. Le thème et son développement ne sont qu’un mirage…
Il y a une musique toujours inattendue.
– Et les dissonances ?
– Dieu les a créées, elles aussi…"
Jaume Cabré - "Voyage d'hiver" - 2014

”La terre, il se pourrait bien après tout que ce soit une espèce
de merveilleux petit appareil enregistreur, plaçé là par on ne sait qui,
pour capter tous les bruits qui circulent mystérieusement dans l’Univers.”
Pierre Reverdy - ”En vrac” - 1929

”J’entends tous les bruits de la terre grâce à mes oreilles et mes nerfs de cristal
dans lesquels circulent le feu du ciel et celui des volcans.”
Michel Leiris - ”Le point cardinal” - 1927

"L'écoute, c'est l'ombre de la composition"
Pascal Dusapin - 2008

 

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12/09/2026

Trash TV Trance



Fausto Romitelli (1963 / 2004) was an italian young composer who studied with Franco Donatoni, moved to Paris to meet Hugues Dufourt & Gérard Grisey, and worked at IRCAM. He unfortunately had a brief career but wrote some amazing pieces that I highly recommand: notably "An index of metals" (2003) & "Professor bad trip - lesson I" (1998)


« Depuis que je suis né, je baigne dans les images digitalisées, les sons synthétiques, les artefacts.
L’artificiel, le distordu, le filtré – voilà ce qu’est la Nature des hommes d’aujourd’hui. »

Fausto Romitelli

***
 
"Trash TV Trance" played by Francisco Palmieri
 
 
 
originaly posted in 2024 
##-_-##

16/08/2026

Jack Johnson

 


 

John Arthur Johnson (March 31, 1878 – June 10, 1946), nicknamed Jack Johnson "Galveston Giant", was an American boxer who became the first Black American world heavyweight boxing champion (1908–1915). 

 

 

 

The poet Arthur Cravan, nephew of Oscar Wilde, organized a fight on April 26 at the Plaza de Toros Monumental in Barcelona with the world champion who knocked him out after 43 minutes in the 6th round.

 

Miles Davis who used in the 70s to practice boxing composed the "Tribute to Jack Johnson" which was the musical score of the movie "Jack Johnson". This tribute to the boxer is one of the first electric albums of Miles (except "Bitches Brew" - 69/70) composed in 1970 and the most musically successfull, in my opinion; unfairly overlooked in the career of Miles despite a dream casting including John Mc Laughlin, Herbie Hancock, Billy Cobham, Chick Corea, Dave Holland, Jack De Johnette, Sonny Sharrock, and some others!



 

 

 

More informations about this amazing release on "Dangerous Minds"

 

 

 

 

 

The full documentary with Miles's music, produced by the boxing promoter and manager William Cayton and directed by Jim Jacobs who did 3 movies around boxing.

& the full Miles Davis album HERE 

a post originaly published in 2015

_*!*_


22/06/2026

Chroniques Turinoises


"Chroniques turinoises" was originally composed in 2005 by the duo Pace for the eponymous exhibition in Torino by the "Purple Journal".

Torino’ fieldworks by Palix
Guitar by Cédrick Eymenier
Mix by Palix & Ced in Paris 2006 

Produced by Coriolis Sounds

  

 

extraits du journal sonore de Palix à Turin en novembre 2005

1er novembre 10 h : Cimitero Monumentale : dépôt de gerbes de la "Croce Verde"; où la poser? comment enjamber les gerbes déjà présentes? Applaudissements quand la gerbe finit par être dans la bonne orientation, dissipation du groupe qui songe plus au repas qui va suivre qu'à la ferveur environnante de ce jour des morts.

3 novembre 15 h : autour du Lingotto, incessant ballet d'hélicoptère transportant de grandes pièces métalliques d'un chantier à l'autre tout proche, par hélitreuillage... les premières images du film  "la Dolce Vita" de Fellini ressurgissent, manquent seulement la statue du Christ et les enfants qui crient et courent dans la rue... les effets de constantes variations du phasing naturel et du vrombissement de l'hélicoptère sont uniques.

4 novembre 16 h : café Baratti & Milano , dans la Galleria dell'industria Subalpina : ambiance feutrée, discussions diverses aux tables avoisinantes, incessants sons de tasses et cuillères derrière le bar : délicieux café Bicerin, mais quelle quantité de tasses à laver!

5 novembre 9 h : au marché "Porta Palazzo" la halle carrelée des poissonniers crieurs qui haranguent le client en rivalisant avec leurs concurrents.

7 novembre midi : en avant première le son des métros "VAL" qui testent leur allure, freinage, calage pour l'ouverture des portes, à la future station "Massaua" pas encore terminée ... Les plots rouge et noir destinés à canaliser la circulation automobile pendant les travaux de cette ligne de métro sont tous siglés "MC5", comme le célèbre groupe pré-punk de Detroit, autre capitale automobile mondiale. Ironie de cette situation pour Turin, siège de FIAT : motor city is burning?
ref : "Kick Out The Jams" - MC5 - (Elektra/LP - 1969)

9 novembre 23 h : toujours les mêmes grincements du tramway N° 13 qui tourne autour de "Gran Madre de Dio".

11 novembre 4 h : installations des remorques foraines, tractées par de petits moteurs deux-temps, sur le marché "Porta Palazzo" : ballet mécanique régulier dans le froid et l'humidité de la nuit pas encore terminée, elles sont placées une à une sur leur bon emplacement numéroté par des hommes encore dans les brumes du sommeil.

text by Palix - texte intégral 

 

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09/06/2026

RIP James Blood Ulmer



Guitariste américain aux sonorités innovantes, chanteur à la voix gutturale et chargée de feeling, James Blood Ulmer (1940-2026)  restera imprégné de ses collaborations avec Ornette Coleman dans les années 70s, avec qui il adhère aux théories ”harmolodique”. Il restera dans mon Panthéon de guitaristes électriques au même titre que Hendrix, Sonny Sharrock et quelques autres.

Il commence sa carrière dans les années 70 avec Art Blakey et les ”Jazz Messengers” avant de partager expériences avec Ornette Coleman,  puis dans les années 80 de monter son propre orchestre, un ensemble  à géométrie variable,”The Music Revelation Ensemble” avec le batteur Ronald Shanon Jackson et David Murray.
En concert le rejoignent fréquemment le batteur Grant Calvin Weston, le guitariste et producteur Vernon Reid, le saxophoniste Georges Adams, et partageant parfois la scène et (ou) la production, Jamaladeen Tacuma, Adrian Sherwood, Bill Laswell et bien d’autres.

Ici, au "Festival des Banlieues Bleues", filmé par notre regretté ami Claude Santiago pour La Huit, accompagné entre autres par Vernon Reid,


 

J'aime particulièrement cette version du blues "Spoonfull" de Willie Dixon et Howllin Wolf et cela me rappelle le ”Spoonfull Club”  qui était le nom de la cave familiale que nous utilisions, mes amis et moi, pour exercer du DJing avant l’heure, construire nos propres amplis et système de sono, et où nous menions de conviviales ”parties” d’adolescents pour danser et écouter la musique dans de relatives bonnes conditions, en tous cas mieux que sur nos électrophones!

BONUS
Interview de James Blood en1998 par Jason Gross sur Perfect Sound Forever

 

<+_*_+>

10/04/2026

Wendy Eisenberg

pic by Ellery Berenger
 

Based in NYC, Wendy Eisenberg has spent the past decade as a fixture of independent music and an artist of inspired multiplicity with art-rock, jazz, free improv and eloquent folk. As a virtuoso guitarist, singer-songwriter and improviser, she uses to explore multiple approaches to diferent genres and techniques. She could interpret experimental pieces from Morton Feldman and Christian Wolff as well make reference to Derek Bailey, Arto Lindsay,  João Gilberto and John Zorn... an ecclectic repertoire.

“I was coming from an Arto Lindsay place and also a João Gilberto and Juana Molina world, where the songcraft is super important but there’s also humor and exploration...  I spent a large part of my life really interested in guitar guitar stuff, like Brouwer, Ted Dunbar’s work, Ted Greene’s work … really just studying from these masters...   Exploring the guitar now is a little more intuitive and has to do with being receptive to how long a decay is, for example. Sometimes I’ll just pick up a guitar and play an open A string and see how long it takes for it to die down and see if it catches one of the reflections of one of the walls in my room, and play to the space." 

 

Wendy Eisenberg in duo with Shane Parrish (both of them are parts of the amazing Bill Orcutt Guitar Quartet) in this "Nervous systems" opus

 

& with David Grubbs, founder of the band Gastr del Sol, and Kramer for the trio Squanderers (Wendy's guitar on the right side and David's one on the left side): "Skantiago"

 

and a fluid solo guitar improvisation 

 

 

& as folk songwriter, her last album 

Here a long interview for Premierguitar. 

And don't miss a long review in the april 2026 issue of The Wire

 

”{_<>_}" 

08/02/2026

Dissonance


 

Glenn Branca (1948-2018) est un compositeur et guitariste américain considéré comme une icône du mouvement no wave. Les documents ci-après concernant son oeuvre d'avant-garde ont été écrits, collectés ou traduits par notre amie Anaïs Prosaïc, journaliste et réalisatrice de nombreux films musicaux.

BRUIT 

"Parfois je suis lassé de la musique. Tout ce que je veux entendre, c'est du bruit dans lequel je puisse imaginer de la musique. Quand la musique occupe tout l'espace de la culture, on désire un bruit qui n'est pas censé être musical, qui soit frais, sophistiqué, libre de toute intention esthétique (et par conséquent ouvert à l'intention esthétique).” Brian Eno 1996

Ce qu'on appelle rock (musique blanche et électrique) et/ou funk (musique noire et hypnotique) désigne une expérience physique et émotionnelle commune à des formes de jazz, au reggae, aux musiques de transe de tous horizons. Le rock, comme le jazz, est une manière de jouer centrée sur l'exigence d'authenticité, affaire d'instinct et de pulsion organique. Le rock anticipe toute connaissance, technique ou virtuosité. Contrairement au rock'n roll, le rock ne se limite pas à un genre musical. C'est aussi un état d'esprit, une vision du monde, une esthétique de la transgression.

"Avant rock" signifie une musique rock expérimentale, inventive, visionaire, originale, parfois difficile, aux défis audacieux.” Bill Martin in "Avant Rock: Experimental Music from the Beatles to Björk” 

Dans son livre paru en 1995, "Talking Music, Conversations with John Cage, Philip Glass, Laurie Anderson, and Five Generations of American Experimental Composers", William Duckworth note la réponse de Glenn Branca à la question : "Pensez-vous que la musique à haut volume sonore doive s'écouter dans un esprit particulier? Vos auditeurs doivent-ils changer leurs habitudes d'écoute  quand ils assistent à vos concerts?"

”Il faut se rendre au concert en étant prêt à faire l'amour avec cette putain de musique! C'est ça la musique jouée fort. Si vous ne savez pas ce que ça veut dire aimer le rock, si vous ne savez pas ce que c'est d'aller à un concert pour écouter de la musique jouée fort, avec intensité, et qui vous cogne en pleine poitrine, si vous n'avez pas compris que c'est l'expérience physique recherchée, alors vous aurez des problèmes avec ma musique. Il faut l'écouter autrement, mais personne n'y pense en allant à un concert de rock. Qu'est-ce qu'on va chercher à un concert de rock quand on aime ça!? On y va pour le sexe, une forme adolescente de sexualité. Et il y a encore plein de sexualité adolescente en nous ! C'est une mentalité, une façon de voir le monde, pas seulement une histoire d'avant-garde, de nouvelle instrumentation et de méthodes de travail innovantes. Il ne s'agit pas d'une approche esthétique, mais politique.”  Glenn Branca 

 


 


 GLENN BRANCA, ESTHETIQUE DU SON ET POLITIQUE DE LA SONORITE.

 
Une masse sonore énorme plane au-dessus d'une armée de guitares électriques et résonne comme une menace. Grondements, dissonances, effets de choeurs invisibles. Sur scène, douze musiciens : cinq guitares, cinq "claviers", basse et batterie. Le 4 juin 1983, l'association l'Oreille est Hardie * (à l’origine de l'actuel Confort Moderne) accueille "Physics", quatrième symphonie et premier concert en France de Glenn Branca, compositeur pour grands ensembles de guitares électriques. Né en 1948 à Harrisburg, Pennsylvanie, ancien étudiant en art dramatique de Emerson College à Boston, Glenn Branca expérimente depuis 1977 les phénomènes acoustiques provoqués par l'extrême densité harmonique. Issu du théâtre d'avant-garde et du rock underground avec ses groupes Theoretical Girls (1978) et Static (1979), Branca est avec Rhys Chatham, la tête de file d'un des courants musical new yorkais le plus important depuis les minimalistes. Leur influence est déterminante sur les jeunes groupes du "guitar movement", Sonic Youth, Mars, Band of Susans, Swans. A l'époque, on peut lire dans un article du New York Times : "Glenn Branca n'utilise pas les guitares à la manière du rock, mais plutôt comme des instruments électroniques et selon des principes qui puisent leur origine dans le Futurisme, Dada, chez Varèse, les coloristes sonores des années 60, aussi bien que dans la musique symphonique et le heavy metal."  Lorsqu'il entend la musique de Branca pour la première fois à Chicago en 1982, John Cage est atterré : "Mes genoux s'entrechoquaient, je claquais des dents. C'est une musique de fasciste, sans aucune ouverture". Mais quelques jours plus tard, il nuancera ses propos : "Il m'a secoué. Sa musique a littéralement bouleversé mes sensations. Cela m'a rappelé l'enregistrement réalisé par La Monte Young d'un gong heurté sur du béton et monstrueusement amplifié".

* "L'oreille est hardie" est fondée à Poitiers en 1977 par Francis Falceto, Françoise Bordage aka Fazette, Yorrick Benoist et Philippe Auvin


”the Glenn Branca show at the Kitchen was quite impressive... congratz are in order... the band was very disciplined and well rehearsed... the final section was an ear bleeding apocalypse... as hard core as anything he has ever done... his conducting sillohuette looked like something from a gothic zombie film... Longo's slide show was appropriate and even tasty at certain junctures...  what more can i say...? did it rock me like the old days?  mmm... not quite... but that may have more to do with changes in me than with anything else... etc”  David Linton  2016

Journaliste, producteur d'émissions musicales pour France Culture, Daniel Caux (1935- 2008) vient à Poitiers pour enregistrer le concert (pour l'Oreille est Hardie en 1983) ainsi qu'un entretien avec le compositeur. Passionné de "musiques nouvelles" comme de free jazz ou de musique arabo-andalouse, au cours de sa longue et prolifique carrière, Daniel Caux n'a jamais cessé de faire partager à ses auditeurs sa connaissance des musiques réputées difficiles ou non commerciales. C'est grâce à lui que le public français découvrira les Symphonies n° 8 et 10 de Glenn Branca au Théâtre de la Ville, l'instrumentation de Harry Partch au festival de Lille, les classiques de la musique algérienne à Nanterre. J'ai traduit pour ses émissions des interviews de Sonic Youth, Zev et Glenn Branca, en particulier celui de Poitiers. Pour ceux de ma génération qui découvrirent la musique contemporaine (Pierre Henry, Xenakis, Berio, Stockhausen...) grâce à la radio de Pierre Schaeffer au début des années 60, Daniel Caux reste un modèle de pédagogie et de dévouement pour la popularisation des musiques les plus excitantes de notre époque. 


 

 

INTERVIEW de GLENN BRANCA PAR DANIEL CAUX - Poitiers, 4 juin 1983

 
Daniel Caux – Parlez-nous du son, de sa constitution…

Je m'intéresse surtout aux phénomènes acoustiques dans le domaine du son, au point où il devient difficile d'imaginer ce qui se passe techniquement. J'essaie de créer une étendue sonore dans laquelle j'entends des choses proprement inouïes, que je n'ai pas forcément déterminées moi-même. Au début, je ne comprenais pas. J'ai fait des recherches sur les expériences en cours sur les phénomènes acoustiques. D'abord, j'ai cru découvrir quelque chose au niveau de l'écoute. Mais d'après ce que j'avais lu sur le sujet, ce que j'entendais n'avais jamais été sérieusement étudié. Je me suis aperçu que le son était surtout plus un rapport avec l'esprit de l'auditeur qu'avec l'espace sonore. Ce qu'on entend est plus un processus de pensée qu'une question de timbre, il me semble. Par exemple la façon dont les gens vivent un concert de rock, dépend plus de leurs images intérieures que de ce que le groupe représente. Ce qui va donner au son une certaine qualité, ce qui déterminera la puissance suggestive de la musique, est très éloigné des questions d'interaction harmonique entre les notes ! J'étudie toujours l'aspect technique du son, c'est très attirant le côté empirique, le rapport à l'instant où l'expérience a lieu, avec l'énergie que le public et les interprètes extériorisent… Mes expériences scéniques les plus intenses ont plus de relation avec ce que je ressens qu'avec ce que j'entends. Si une impression très forte me frappe l'esprit, il me paraît possible de construire un son, de lui donner forme, de le mouler dans cette impression. 

Daniel Caux – Les systèmes d'accord : s'agit-il seulement d'intonation juste ou de relations spéciales entre les notes?

Le système d'accord est très simple. Il s'agit effectivement de modulation, mais pour moi c'est plus que cela. Je n'ai jamais été particulièrement intéressé par l'intonation juste en tant que telle, opposée à la gamme tempérée. La découverte des séries harmoniques m'a bouleversé parce qu'elles sont la manifestation de vagues physiques d'énergie produites par n'importe quel son. C'est une manifestation de la nature, quelque chose que personne n'a créé et qui existe. Un jour j'ai découvert que les intervalles des séries harmoniques étaient déterminées et possédaient des attributs, dont on pouvait se servir, ce que j'ai fait. La différence entre se servir de l'intonation juste et se servir des séries harmoniques ne réside pas dans l'utilisation de séries entières, quand je parle de séries entières, il s'agit de tous les intervalles des sept premières octaves, parce que séries harmoniques sont des séries infinies. Si j'utilise tous les intervalles des sept premières octaves, je peux créer des relations mathématiques avec les séries. Je veux dire qu'on peut utiliser une formule pour déterminer des phénomènes précis. Cet aspect technique du son m'intéresse. En ce qui concerne les séries harmoniques la distance entre chaque intervalle varie, tandis que dans la gamme tempérée tous les intervalles sont identiques, c'est presque l'inverse de la gamme tempérée. Donc à la base, mon système d'accord est l'accord de tous les intervalles des sept premières octaves des série harmoniques. Je dirige d'après des diagrammes, parce que j'ai envie de voir, de traduire sur le plan visuel, au cas où ça voudrait dire quelque chose, faire apparaître des modèles géométriques… Je veux pouvoir visualiser en trois dimensions ce qui se passe. En même temps que j'essaie d'obtenir une sorte de représentation visuelle des séries harmoniques, ça me donne des idées, la nécessité de créer plus de diagrammes. La plupart des accords dont je me sers, je ne les ai pas vraiment inventés. En tous cas, pour ce qui est du premier mouvement de la symphonie que je vais diriger ce soir, virtuellement aucun accord n'a été déterminé par ma pensée, ils ont été complètement commandés par des diagrammes basés sur les séries harmoniques, et ça m'intéresse au plus haut point d'entendre ce qui, à la base, est la manifestation d'un phénomène d'origine naturelle, quelque chose qui n'a été prédéterminé par aucun esprit humain. Incroyable comme sont nombreux ces accords qui sonnent comme du Mahler, du Wagner, ou Berlioz… Certains complètement classiques, d'autres plus récents… En fait, ils n'ont été créés par personne, jusqu'à un certain point bien sûr je les ai orchestrées, mais très peu en fait. 

Mon orientation vient de ce que je veux entendre parce que je sais que c'est là, que c'est nécessaire à la création de ce que je veux entendre. Quand je parviens à la réalisation, à la musique, au son, c'est plus que la simple manifestation de notes et d'accords précis. Il faut générer, projetter une sensation qui donne au son sa véritable qualité, pour communiquer… Je ne considère pas ma musique comme du divertissement, même si je suis sans doute une sorte d'amuseur. Même si je ne fais pas partie de ce monde, quand je suis sur scène, quand j'essaie de faire surgir quelque chose de plus, je n'ai pas le sentiment de vouloir que le public et moi-même en restions là. Je ne me soucie pas de savoir où nous sommes physiquement, mais mentalement. Je ne veux pas que le public soit là en voyeur, mais je me moque qu'il se sente voyeur! Mentalement, j'attends vraiment une participation de la part du public, parce que c'est lui et moi qui allons créer ce que nous allons entendre. J'attends beaucoup du public, mais certainement pas ce que la plupart des gens qui viennent écouter de la musique s'imaginent. Ils ne comprennent pas toujours qu'il leur faut aussi travailler ! Moi je travaille très dur et j'éprouve une grande satisfaction dans ce travail, et je pense que si le public travaille un peu de son côté, il y gagnera aussi une immense satisfaction… J'adorerais rester planter là, ou même ne pas apparaître du tout pendant le concert, remettre ma partition simplement et laisser la performance avoir lieu… mais ça ne marche pas comme ça, il faut faire vivre la musique, chaque concert est presque une naissance, une création du moment, à cet endroit, pour ce public. Quelque fois ça ne marche pas, mais quand ça marche, ça prend presque une forme physique, la musique devient incroyablement physique : je pense que ça correspond au sens du toucher, je pense que tous les sens aboutissent au toucher. Quelque chose d'incroyablement physique a lieu quand cette forme apparaît, exprime sa propre vie, commence à bouger de façon autonome… Personne ne peut plus la contrôler. Il est difficile d'atteindre ce point, il y faut beaucoup de travail et d'efforts, et la part d'émotion est indispensable. J'essaie de ne censurer aucune de mes émotions, mêmes si beaucoup d'entre elles sont… laides! Beaucoup de choses en moi sont laides, je ne le nie pas! Si ça existe, ça ne peut être ignoré. Si je m'abandonne aux émotions laides, je peux aussi m'ouvrir à des émotions… belles! C'est aussi difficile d'exprimer les émotions laides que les belles émotions. Mon désir d'expérimentation ne peut supporter l'ennui d'une musique morte. J'ai besoin d'une expérience, donc je me sers de mes émotions.

Daniel Caux – Des organisateurs sont parfois terrifiés par le volume sonore de vos concerts…

En Allemagne, au cours de cette tournée, tout était prêt pour le concert, mais les organisateurs ont entendu parler des déclarations de John Cage, et en furent très effrayés. Puis des gens ont affirmé que le son était trop fort, alors ils ont décidé qu'ils ne voulaient plus de nous. Après de nombreuses discussions, ils ont changé d'avis. Quelqu'un d'autre a juré que d'après ce qui se disait de moi, c'était comme si le diable en personne allait débarquer à Cologne! Nul doute que certains sont terrifiés par ma musique, ce qui est absurde, fou et ridicule… Beaucoup de gens ont pris au sérieux les paroles de John Cage, qui sont totalement exagérées. Je ne sais pas d'où cela vient, ni s'il a des problèmes, mais de toute évidence quelque chose l'a profondément bouleversé, mais je crois que c'est purement personnel. Je sais qu'il déteste la musique émotionnelle, c'est bien connu, la sienne ne l'est pas, il a donc été extrêmement choqué. Il a affirmé depuis avoir corrigé cette impression, mais il a fait des déclarations si péremptoires, des descriptions si détaillées de ce qu'il avait physiquement et mentalement ressenti, que j'ai du mal à croire qu'il a changé d'avis… Si c'est le cas, il lui a fallu d'abord oublier ses sensations, puisque ses déclarations étaient d'une telle virulence. Il a jugé ma musique dangereuse, il a dit que j'étais un compositeur d'apocalypse, de fin du monde… Que tout le mal de l'humanité était incarné dans cette musique. Cela a fait un certain bruit. Moi ça m'a mis en colère, qu'il se serve du mot "mal", "mauvais", c'est insultant pour ma musique. Maintenant les gens arrivent au concert avec ces propos en tête. Cela limite les possibilités de faire l'expérience de cette forme de musique. Depuis quatre ou cinq ans, j'essaie de créer une atmosphère sans préjugés, pour faire reculer les catégories et sauter certaines barrières si possible. Le public qui vient au concert doit éviter de penser : ça entre dans telle catégorie, donc je dois vivre telle expérience, tel événement. Je ne veux pas de ça ! A certains endroits en Allemagne, cette attitude a empêchée la musique de produire tous ses effets.

Daniel Caux – Votre musique reflète-t-elle l'atmosphère de New York?

Oui, jusqu'à un certain point. Il n'y a pas vraiment un groupe ou un compositeur qui travaille dans la même direction que moi, mais le sentiment général à New York est le besoin de créer une œuvre dont l'impact humain soit très fort. De façon superficielle, on a appelé ça entre autres "primitivisme". En général à l'étranger, c'est ainsi qu'est perçu ce qui se développe à New York. La raison est le besoin de créer un type d'expérience en dehors du monde de l'hyper médiatisation, si vous voyez ce que je veux dire. Personne ne l'a encore décrite : c'est une expérience totalement viscérale, pour moi c'est ce qui se passe entre les gens et dont on ne parle pas. Il faut exprimer d'une façon ou d'une autre  ces choses qui grossissent à l'intérieur de nous et ont une existence minuscule à l'extérieur. Cela doit être dit un jour. En dehors de New York, on n'a pas l'impression que beaucoup de gens sont attirés par ce genre d'expérience. C'est très dur de vivre à New York, comme dans beaucoup d'autres endroits je suppose, mais NY c'est l'expérience de la laideur, de l'horreur, un style de vie absolument sans attrait… 

J'ai commencé à travailler avec un certain nombre de guitares et de d'accordages. Puis je me suis intéressé aux résonances, aux cordes sonnant à vide. Je ne voulais plus entendre le son des doigts en contact avec la corde parce que ça étouffe les résonances… J'aime la guitare parce que c'est encore le plus physique des instruments. Ensuite il a fallu un instrument avec beaucoup de cordes qui puissent sonner à vide. Dans l'impossibilité de faire jouer une centaine de guitares, j'ai crée des instruments avec beaucoup plus de cordes que sur une guitare. J'avais aussi besoin d'une gamme plus étendue, à l'échelle d'un orchestre, afin de contrôler tous les aspects de la composition. Il est donc devenu indispensable de créer de nouveaux instruments. Quand j'ai voulu faire l'accordage des séries harmoniques, parce qu'il n'y avait pas énormément de notes, l'étape qui s'est imposée ensuite fut le clavier, toujours pour plus de contrôle. Après avoir utilisé la guitare conventionnelle, j'ai construit des guitares en forme d'escaliers dont on joue avec des mailloches. Mais elles avaient aussi des limites, parce que l'exécutant ne pouvait jouer que deux notes à la fois. Pour des raisons techniques, il me fallait un instrument qui aurait le son et les possibilités voulues. Un aspect intéressant du côté technique de cet instrument : une barre est placée en dessous de la note active de chaque corde. En fonction de certains phénomènes, le son acquiert une plus grande résonance lorsqu'il est amplifié. Cette technique est communément employée pour changer de diapason sur n'importe quel instrument à cordes. L'amplification crée non seulement une résonance extraordinaire, mais aussi une étonnante texture harmonique. Dans l'œuvre qui va être jouée ce soir, j'utilise une guitare harmonique qui comporte cet élément technique. Pour en jouer, l'exécutant frappe seulement les cordes du côté qui n'est pas amplifié, l'amplificateur étant posé de l'autre côté de la barre.  Les seules notes audibles sont les harmoniques des cordes, aucune note fondamentale, des notes totalement différentes de ce que l'on perçoit normalement. C'est un effet très bizarre, que je ne sais pas vraiment expliquer. Je peux jouer une étendue d'harmoniques impossibles sur tout autre instrument à cordes. Sur un instrument à cordes, on peut produire 4, 5, 6 ou 7 harmoniques, mais sur cet instrument, je peux en produire des centaines! J'utilise cette barre sur tous les instruments, même s'ils ne servent pas précisément comme des instruments harmoniques. Leur texture harmonique est superbe! Les claviers sont construits par un facteur d'instruments qui fabrique des clavecins. Tous les claviers dont je me sers sont du type clavecin. Ils sont plus délicats que les guitares parce qu'ils comprennent beaucoup de cordes qui représentent une tension énorme. La structure de ces instruments doit donc être très stable.

Daniel Caux – Comment choisissez-vous vos musiciens?

Certains travaillent avec moi depuis un certain temps, je préfère des gens qui ont des affinités avec ma musique. Je demande simplement autour de moi qui veut jouer ma musique… Je n'ai pas besoin de musiciens professionnels, mais de gens qui ont une sensibilité plutôt que de grandes qualités techniques. Il est important quand la musique se produit que les musiciens comprennent quels sons doivent être entendus, et dans quel sens ils doivent aller. 

Daniel Caux – Avez-vous une préférence pour ceux de votre label, Neutral Record?

Certains musiciens de Neutral ont déjà joué avec moi. Comme je veux travailler avec des gens d'une certaine sensibilité, les musiciens que je choisis ont leurs propres travaux de leur côté, qui m'intéressent aussi beaucoup. Neutral a permis à la musique de certains d'entre eux d'être publiée.

 

DISCOGRAPHIE

LESSON #1 - 99 Records
THE ASCENSION - 99 Records
MUSIC FOR THE DANCE 'BAD SMELLS'- GPS Records
SYMPHONY NO. 3 (GLORIA) - Neutral, Crepuscule, Atavistic
SYMPHONY NO. 1 (TONAL PLEXUS) - ROIR, Danceteria
THE BELLY OF AN ARCHITECT (soundtrack) - Crepuscule, Normal, Factory
SYMPHONY NO. 6 (DEVIL CHOIRS AT THE GATES OF HEAVEN) - Blast First, Restless, Danceteria, Atavistic
SYMPHONY NO. 2 (THE PEAK OF THE SACRED) - Atavistic
THE WORLD UPSIDE DOWN - Crepuscule, Atavistic
THE MYSTERIES (SYMPHONIES NO. 8 + NO. 10) - Blast First, Atavistic
SYMPHONY NO. 9 (L'EVE FUTURE) - Point Music
SYMPHONY NO. 5 (DESCRIBING PLANES OF AN EXPANDING HYPER-SPHERE) – Atavistic
 

another point of view to follow by Scanner: An Aesthetic of the Acoustic

  


 

 

 

 ”Goodbye, Glenn Branca. You were everything NYC meant to me : beauty, noise, audacity, and total commitment, wrapped up in a confrontational, gruff, brilliant human.”  Annie Gosfield - Eulogy to a dead hero - May 14th 2018

 

  

!!_-_!!  

12/11/2025

Traveling light

 

"Traveling light" is the last opus by Rafael Toral born in 1967 and living in Portugal. From out of the dark, the crackle of feed back birdsong signals a return to the land of sound environments exclusive to the music of Rafael Toral.  

Over the last seven years, Toral’s work has entered a new phase; a hybrid that utilizes the self-built instruments developed in the “Space Program”, as well as employing the long tones, ambience, and near static textures that defined early works like Sound Mind Sound Body & Wave Field, and encounters him returning to the guitar after more than a decade. He is an artist who emerged onto the global experimental music scene during the 1990s, pioneering a new form of electronic music. 

pic by Adriano-Ferreira-Borges

"Traveling light" est le dernier opus de Rafael Toral, né en 1967 et vivant au Portugal. Surgissant des ténèbres, le crépitement d’un chant d’oiseau en larsen annonce un retour à l’univers sonore si particulier de la musique de Rafael Toral. 

Ces sept dernières années, l’œuvre de Toral a connu une nouvelle évolution : un hybride qui exploite les instruments qu’il a lui-même conçus dans le cadre du "Space Program", tout en reprenant les longues notes, l’ambiance et les textures quasi statiques qui caractérisaient ses premières œuvres telles que Sound Mind Sound Body & Wave Field. On y retrouve également la guitare, instrument qu’il n’avait plus utilisé depuis plus d’une décennie. Cet artiste a émergé sur la scène musicale expérimentale internationale dans les années 1990, en tant que pionnier d’une nouvelle forme de musique électronique. 

 

Rafael Toral produced a lot of albums including this famous 2022's "Music for film" 

Rafael Toral a publié un grand nombre d'albums incluant le passionnant "Music for film" datant de 2022 qui donne juste envie de voir le film.

 

 

A long column on the works of Rafael Toral in the November 2025 issue of The Wire 

 

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04/10/2025

4 new music recently found

"ZERO,999..." est un projet de Riccardo La Foresta, percussionniste et artiste sonore italien, qui s'est consacré à la création du Drummophone, un aérophone obtenu à partir d'un kit de batterie. Il crée des drones (bourdons), des mélodies ancestrales et des rythmes complexes, éloignant radicalement l'usage classique de l'instrument de la percussion traditionnelle et questionnant son rôle comme instrument de percussion. Dans cet album, il rassemble des fragments de performances live et d'installations in situ réalisées au cours de la dernière décennie. 
 
"ZERO, 999..." est conçu comme une suite musicale où le son et le temps se transmettent simultanément à différents ordres d'échelle : un seul coup de tambour est un bourdon ralenti mille fois, un bourdon d'une heure est un bref tic-tac dans l'horloge du temps géologique. 

"ZERO,999..."  is a project by Riccardo La Foresta, an italian percussionist and sound artist who dedicated to to the creation of the Drummophone, an aerian instrument obtained from drums that creates drones, ancestral melodies and complex beats drastically distancing the instrument from traditional drumming, and questioning the role of the drum as a percussive instrument. In this album he collects fragments of live performances and site-specific installations conducted over the last decade.
 
"ZERO, 999..." is conceived as a musical suite where sound and time are communicated simultaneously at different orders of scale, a single strike of a drum is a drone if slowed down one thousand times, an hour-long drone is a brief tick in the clock of geological time.

 

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"Adjust" est le premier album du Anzû Quartet, ensemble dédié à la nouvelle musique contemporaine pour cordes. Créé en 2020 par des interprètes renommés basés à New York, cet ensemble reçoit régulièrement des commandes et interprète de nouvelles œuvres pour quatuor à cordes. Olivia De Prato (violin), Ashley Bathgate (violoncelle), Ken Thomson (clarinette & composition pour la pièce "uneasy" ) et  Karl Larson (piano) ont été salués par la critique et les musiciens du monde entier.
 

 
 
"Adjust" is the first album by the Anzû Quartet, an ensemble dedicated to new contemporary music for strings. Formed in 2020 by New York City' renowned performers, the quartet is actively commissioned and is performing new works for string quartet. Olivia De Prato (violin), Ashley Bathgate (cello), Ken Thomson (clarinet & composition of "uneasy" piece) and Karl Larson (piano) have been lauded by critics and musicians worldwide.

 

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"Songs for the Lost" sont composées par Ed Williams pendant une saison d'hiver à Bâle en Suisse où il étudie. 

"Ces chansons reflètent des périodes de tourment personnel, exacerbées par les bouleversements du monde extérieur. C'est devenu un processus d'orientation au milieu de cette désorientation, en me tournant vers mes propres instruments, ma voix, mes pensées, tout en m'enracinant dans le terreau d'autres chansons du passé." Ed Williams
 

 
 "Songs for the Lost" is a collection of short songs written by Ed Williams over the past year and recorded at the HSM Basel during occasional free winter nights when he was a student there.
 
"They reflect times of personal turmoil exacerbated by the turmoil out in the world. It became a process of orienting myself within the disorientation by turning inwards to my own instruments, my voice, my thoughts, while rooting myself in the soil of other songs from the past." Ed Williams 
 
 

& don't miss another post around Ed Williams' works 

 

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Près de 2 siècles après que Robert Schumann ait composé ”Carnaval” (1835), voilà une relecture tout autant espiègle que l’original. Alessandro Bosetti a en effet (re)composé cette pièce qui présentait 21 chapitres tous associés à un masque de carnaval. Ici pour ”Carnaval 2”, tous les personnages ont été effacés, malgré le fait que le pianiste Reinier von Houdt en porte un pour son exécution chaque fois différent pour chacune des parties. La nouvelle musique naît de petits fragments prélevés dans la partition originale et prolifère d’elle-même, s’étend, flotte, roule ou voltige. La seule courtoisie du compositeur à l’égard de l’interprète est d’avoir créé entre chaque chapitre, des interludes électroacoustiques volontairement ennuyeux qu’il a appelés Paraventi (écrans) afin que l’interprète ait le temps de se retirer derrière eux pour changer de masque. 

Nearly two centuries after Robert Schumann composed "Carnival" (1835), here is a reinterpretation that is just as mischievous as the original.Alessandro Bosetti (re)composed this piece, which contains 21 chapters, each associated with a carnival mask. Here, for ”Carnaval 2”, all the characters have been erased, despite the fact that pianist Reinier von Houdt wears a different one for each part. The new music is born from small fragments taken from the original score and proliferates on its own, expanding, floating, rolling, or fluttering. The only courtesy of the composer to the performer is to have created deliberately boring electroacoustic interludes between each chapter, which he called Paraventi (screens), so that the performer has time to retreat behind them to change masks. 

 

 

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08/09/2025

Le Galpon, saudade

 

 

"Le Galpon, saudade"

extrait des carnets de voyages du singulier artiste Robert Tatin

 encre sur papier - Brésil  1954

 "Les gauchos n'ont pas encore quitté leurs bottes et leurs éperons; c'est une soirée ordinaire qui achève le labeur du jour. Dans la nuit étoilée, devant un feu, un guitariste entonne un chant peut-être mélancolique dans cette ambiance masculine. Les visages semblent fatigués et rêveurs... La nuit s'étire, les hommes tentent vainement de repousser le lendemain matin, lorsqu'il faudra repartir."

 texte extrait d'une publication du "Musée Robert Tatin"

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Robert Tatin  ( / est un peintre, sculpteur, architecte et céramiste représentatif de l'art naïf. Il est surtout connu pour avoir créé un environnement artistique spectaculaire devenu le "Musée Robert Tatin" en Mayenne à Cossé-Le-Vivien.

Quelques images de ce musée pour vous donner l'envie.

Ne pas manquer de visiter ce formidable "Musée Robert Tatin" en Mayenne à Cossé-Le-Vivien.


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04/07/2025

3 eclectic musical news

 

 

Figure phare de la musique actuelle québécoise,  René Lussier souligne ses 50 ans de carrière avec "Fiat Lux" , mais aussi et surtout une amitié créative avec le batteur Robbie Kuster. Le disque est sorti en juin 2025 sur Circum Disc.

Si les allumettes aux têtes siamoises figurant sur la pochette sont une idée de René Lussier, le crédit du titre (Fiat Lux, de la locution latine « que la lumière soit ») revient au musicien et ami Robert Marcel Lepage qui a perçu l’effet explosif de leur rencontre. Quand leur créativité se frotte, la lumière vient. Cette image décrit parfaitement Lussier et Kuster, qui collaborent depuis 2018. Entre improvisation et composition, les deux créateurs complices se sont donné un mot d’ordre: essayer! Une musique s’amusant à brouiller les pistes avec un instrumentarium éclectique: guitare, basse, batterie, égoïne, orgue à clou, archet sur cymbales, guimbarde, brosse à dent électrique et daxophone, cet indomptable instrument de la famille des idiophones à friction créé par Hans Reichel

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For quite 50 years René Lussier, located in Montreal (Canada), is activating music in several fields as heavy rock, progressive experiences, improvisation, free, modern composition ... mainly as a guitar player. He was a founder member with Jean Derome of the famous label "Ambiances Magnétiques" .

"Fiat Lux" is a duo with the drummer Robbie Kuster. The CD was issued a few days ago by Circum Disc. A playground of contemporary music that blurs the lines between improvisation and composition,  with an ecclectic instrumentarium: guitar, bass, drums, musical saw, and nail organ, cymbal bows, jaw harp, electric toothbrush and daxophone - the daxophone, invented by the experimental musician and luthier Hans Reichel, is an electric wooden experimental musical instrument of the friction idiophones category. 

 

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Zeynep Toraman est une compositrice et chercheuse originaire d'Istanbul qui vit et travaille à Berlin. Ses recherches, fondées sur la pratique, explorent les interactions entre textes (au sens large du terme) dans le cadre plus large de compositions musicales.
Curieusement, son dernier opus,
"A lifetime of annotations", évoque les travaux produits par le label suisse Discreet Editions qui mettent en valeur les artistes explorant les interactions entre musique contemporaine et anciennes traditions, "A lifetime of annotations" produit par le label texan Sawyer editions contient deux œuvres qui explorent la matérialité du répertoire orchestral du XIXe siècle, ré-imaginée à travers le prisme d'un lent mouvement (mahlérien) : une longue mélodie, une complainte, un soupir, un instant en voie de disparition - explorations fractales de lignes mélodiques trouvées ou inventées, la répétition comme structure, l'accumulation comme geste, visions extatiques d’harmonies empilées qui nous évoquent quantité d’images apaisantes.
Les deux pièces pour  instruments à cordes sont interprétées par des musiciennes confirmées comme les violonistes Biliana Voutchkova et Clara Levy (présente également sur le label suisse) et la violoncelliste Judith Hamann.  

D'autres pièces de Zeynep Toraman de 2013 :  "In a dark house"  à retrouver ICI.

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Zeynep Toraman is a composer from Istanbul who lives and works in Berlin. Her practice-based research explores the interactions between texts (in the broadest sense of the term) within the broader framework of musical compositions. Curiously, her latest opus, "A lifetime of annotations" evokes the works produced by the Swiss label Discreet Editions, which showcase artists exploring the interactions between contemporary music and ancient traditions. "A Lifetime of Annotations" produced by the Texas-based label Sawyer editions, contains two works that explore the materiality of 19th-century orchestral repertoire, reimagined through the prism of a (Mahlerian) slow movement: a long melody, a lament, a sigh, a vanishing moment—fractal explorations of found or invented melodic lines, repetition as structure, accumulation as gesture, ecstatic visions of stacked harmonies which evoke a host of soothing images. The two pieces for string instruments are performed by established musicians such as violinists Biliana Voutchkova and Clara Levy (also featured on the Swiss label) and cellist Judith Hamann. 
 
Zeynep Toraman' 2013 works included on the CD "In a Dark House" can be found HERE.



 

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L'album "Denial" du quartet russe Silence Quartet, sorti en juin 2025 sur le label Kotä Records, est une œuvre conceptuelle multi-genres. Le mot DENIAL dans le contexte de l'album reflète non seulement son sens littéral, mais aussi une condition humaine particulière : l'auto-illusion devient le seul moyen de faire face à la désillusion d'une réalité nécrocapitaliste ambiante. À la croisée de l'art sonore, de l'électronique et de la musique académique contemporaine, la musique a été enregistrée exclusivement de nuit. Nombre de ses choix sonores et compositionnels sont influencés par les œuvres de Xenakis, Cage, Stockhausen, Ligeti et Reich. 
 
"Si le Silence Quartet est loin d'être silencieux, son nom même révèle une vérité effrayante : dans de nombreux endroits, les citoyens sont incapables de s'exprimer, par peur des réactions. Les signaux contenus dans « Rave » sont rapidement étouffés ; la machinerie trébuche à nouveau et redémarre. Les cloches des églises sonnent longtemps après le départ des fidèles. Ici, l'ambiance et l'émotion expriment ce que les mots ne peuvent exprimer. Ironiquement, si l'album aborde le déni, il est clair que ces musiciens incarnent l'inverse."  
extrait d'une chronique de Richard Allen pour "a closer listen"
 
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The june 2025' album "Denial" by the Russian Silence Quartet, published by the label Kotä Records, is a conceptual, multi-genre work. The word DENIAL in the album’s context reflects not only its literal meaning, but also a particular human condition — when self-deception becomes the only way to cope with the disillusionment of a surrounding necrocapitalist reality. At the intersection of sound art, electronica, and contemporary academic music, the music was recorded exclusively at night.
 Many of its sonic and compositional choices are influenced by the works of Xenakis, Cage, Stockhausen, Ligeti, and Reich.

"While Silence Quartet is anything but silent, their very name speaks a frightening truth; in many locations, citizens are unable to speak out, afraid of the response.  The signals embedded in “Rave” are quickly squashed; the machinery stumbles again and restarts.  Church bells ring long after the worshippers have left.  Here, mood and emotion convey what words cannot.  Ironically, while the album addresses denial, it’s clear that these musicians embody the opposite."  excerpt of a Richard Allen's review for "a closer listen"
 


 

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