”Jeux des reflets et de la vitesse”est un film d’avant-garde muet sous forme de poème cinématographique de 1925 , réalisé par Henri Chomette (1896-1941) comme un stockshot d’expérimentations: animation de cercles et autres géométries graphiques, retournements d'images, procédés d'accélération avec le métro parisien, des visions de Paris et La Seine, des effets d'eau ...
Plutôt méconnu, Henri Chomette est le frère aîné de René Clair. Il réalise en 1930 un des premiers films parlant tourné en France intitulé ”Le requin”, et aussi en co-réalisation avec Arnold Fank le long métrage ”Rêve éternel” qui relate la première ascension du Mont Blanc de Jacques Balmat en 1760.
"Jeux des reflets et de la vitesse" (Play of Reflections and Speed) is a silent avant-garde film—structured as a poem—made in 1925 by Henri Chomette (1896–1941). It serves as a showcase for cinematic experiments: circles, graphic patterns, image reversals, speed effects involving the Paris Métro, glimpses of Paris and the Seine, water effects, and more.
Henri Chomette, the older brother of René Clair, a not well known figure, directed *Le Requin* in 1930, one of the first sound films made in France. He also co-directed the feature film *Rêve éternel* with the german film-maker Arnold Fank, a movie dramatizing the first ascent of Mont Blanc in 1760.
C'est toujours un grand plaisir d'écouter John Tilbury et son délicat art de jouer le piano, préparé ou non. Pionnier des musiques minimalistes, incluant des figures comme Morton Feldman et John Cage, et des musiques expérimentales et improvisées qu'il a partagées avec notament le fameux trio AMM, proche de Cornelius Cardew et des membres du Scratch Orchestra, Tilbury ne cesse de nous réjouir depuis bientôt 50 ans. Sans compter qu'il publie en 2008 la biographie "Cornelius Cardew – a life unfinished" , pour nous fournir de nombreux souvenirs de la liberté de créer de ces folles années 70 et 80.
Aujourd'hui un coffret de 4 CDs intitulé "At home" est publié à l'initiative de Simon Reynell, pour Another Timbre, qui a enregistré John, chez lui, depuis 2006, pour un grand nombre de pièces de divers compositeurs proches de lui: Cornelius Cardew, Morton
Feldman, Howard Skempton, Christian Wolff, Linda Catlin Smith, Keith
Rowe, Mark R. Taylor, John Lely, Michael Parsons, Guillaume Machaut et Dave Smith entre autres. Sont également inclus dans cette anthologie certaines anciennes pièces enregistrées préalablement à 2018. Un splendide florilège!
Pic by Steeve Beckouet - courtesy CAC Brétigny 2009
It is always a great pleasure to listen to John Tilbury and his delicate approach to the piano—whether prepared or not.A pioneer of minimalist music (associated with figures such as Morton Feldman and John Cage) as well as experimental and improvised music—notably through the renowned trio AMM and his close ties to Cornelius Cardew and members of the Scratch Orchestra—Tilbury has been delighting audiences for nearly fifty years.Furthermore, in 2008 he published the biography "Cornelius Cardew – a life unfinished", offering us a wealth of recollections regarding the creative freedom of those wild 1970s and 80s.
"At home" is a 4CDs box celebrating the work of one of the giants of contemporary music, featuring works by – among others – Cornelius Cardew, Morton Feldman, Howard Skempton, Christian Wolff, Linda Catlin Smith, Keith Rowe, Mark R. Taylor, John Lely, Michael Parsons, Guillaume Machaut and Dave Smith. Produced by the sound recordist Simon Reynell on Another Timbre. A splendid anthology!
André Hardellet (1911-1974) est un poète français, grand explorateur de Paris, dont l'oeuvre reçut l'aval de Pierre Mac Orlan dans les années 50. Il est remarqué par André Breton, Julien Gracq, Jean-Jacques Pauvert, Hubert
Juin, ami de Georges Brassens, Alphonse Boudard, René Fallet, Robert Doisneau, amoureux de Gérard de Nerval, de Jorge Luis
Borges et de Marcel Proust. Il est auteur des ouvrages "Le seuil du jardin", "Les Chasseurs" et le roman élégiaque "Lourdes, lentes", entre autres, tout comme il est l'auteur de la fameuse chanson "Le bal chez Temporel" chanté par Guy Béart en 1957.
"Bezucelna Prochazka" (means "Aimless Walk") is a 1930's experimental movie by the Czech filmmaker Alexandr Hackenschmied (1907-2004), known later as Alexander Hammid. As a non narrative trip across urban landscapes of the Liben peninsula in Pragua, the film is linked with the historical avant-garde in Czechoslovakia in the 30s, with a unknown piano score.
Trois points de vue de trois intellectuels sur la question des élections
HANNAH HARENDT (1906-1975) Isoloir : « Nous voulons participer, déclarent les Conseils, nous voulons discuter et faire entendre publiquement notre voix, nous voulons avoir la possibilité de déterminer l’orientation politique de notre pays. Puisque ce pays est trop vaste et trop peuplé pour que nous puissions nous rassembler tous en vue de déterminer notre avenir, nous avons besoin d’un certain nombre de lieux politiques. L’isoloir à l’intérieur duquel nous déposons notre bulletin de vote est certainement trop étroit, car seule une personne peut s’y tenir. » (« Politique et révolution », Entretien avec Aldebert Reif pour la New York Review of Books, 12 avril 1971)
LOUISE MICHEL (1830-1905) Suffrage universel : « Peut-on encore parler du suffrage universel sans rire ? Tous sont obligés de reconnaître que c’est une mauvaise arme ; que du reste le pouvoir en tient le manche, ce qui ne laisse guère aux bons électeurs que le choix des moyens pour être tonquinés* ou endormis. » (« Prise de possession », Éditions d’ores et déjà, [1887] 2010) Urnes : « Il y avait longtemps que les urnes s’engorgeaient et se dégorgeaient périodiquement sans qu’il fut possible de prouver d’une façon aussi incontestable que ces bouts de papier chargés disait-on de la volonté populaire et qu’on prétendait porter la foudre, ne portent rien du tout. La volonté du peuple ! avec cela qu’on s’en soucie de la volonté du peuple ! Si elle gêne, on ne la suit pas. » (« Prise de possession », Éditions d’ores et déjà, [1887] 2010)
CORNELIUS CASTORIADIS (1922-1997) Y : « Quand les gens votent, ils votent cyniquement. Ils ne croient pas au programme qu’on leur présente, mais ils considèrent que X ou Y est un moindre mal par rapport à ce qu’était Z dans la période précédente. » (Paru dans la revue Parcours, les cahiers du GREP Midi-Pyrénées, n° 15–16, septembre 1997)
* Signalons que le mot "tonquiné" n'existe pas dans la langue française, mais sans doute Louis Michel l'invente relativement à ce qui s'est passé quelques années plus tôt concernant le protectorat français (la prise de possession) sur le Tonkin: en 1883 et 1884, le premier et le deuxième
traité de Hué placent l'ensemble du territoire annamite sous
protectorat français : le royaume est scindé en deux territoires
distincts, le protectorat d'Annam - nom qui correspond désormais non plus au pays dans son ensemble, mais à son centre seulement - et le protectorat du Tonkin. (source wikipedia)
Pour voir cette ville de Paris en 1928, ses quartiers, ses foules et voitures, ses activités. La musique accompagnant ce film ne me semble pas particulièrement adaptée, mais on peut toujours visionner en "muet" ! ou écouter autre chose...
To see Paris in 1928, its neighborhoods, its crowds and cars, its activities.The music accompanying this film doesn't seem particularly suitable to me, but you can always leave it in "silent" mode! or listen to another music...
Para ver París en 1928, sus barrios, sus multitudes, sus coches, sus actividades.La música que acompaña a esta película no me parece especialmente adecuada, ¡pero siempre puedes verla en silencio!O escuchar otra cosa...
Glenn Branca (1948-2018) est un compositeur et guitariste américain considéré comme une icône du mouvement no wave. Les documents ci-après concernant son oeuvre d'avant-garde ont été écrits, collectés ou traduits par notre amie Anaïs Prosaïc, journaliste et réalisatrice de nombreux films musicaux.
BRUIT
"Parfois je suis lassé de la musique. Tout ce que je veux entendre, c'est du bruit dans lequel je puisse imaginer de la musique. Quand la musique occupe tout l'espace de la culture, on désire un bruit qui n'est pas censé être musical, qui soit frais, sophistiqué, libre de toute intention esthétique (et par conséquent ouvert à l'intention esthétique).”Brian Eno 1996
Ce qu'on appelle rock (musique blanche et électrique) et/ou funk (musique noire et hypnotique) désigne une expérience physique et émotionnelle commune à des formes de jazz, au reggae, aux musiques de transe de tous horizons. Le rock, comme le jazz, est une manière de jouer centrée sur l'exigence d'authenticité, affaire d'instinct et de pulsion organique. Le rock anticipe toute connaissance, technique ou virtuosité. Contrairement au rock'n roll, le rock ne se limite pas à un genre musical. C'est aussi un état d'esprit, une vision du monde, une esthétique de la transgression.
”Il faut se rendre au concert en étant prêt à faire l'amour avec cette putain de musique! C'est ça la musique jouée fort. Si vous ne savez pas ce que ça veut dire aimer le rock, si vous ne savez pas ce que c'est d'aller à un concert pour écouter de la musique jouée fort, avec intensité, et qui vous cogne en pleine poitrine, si vous n'avez pas compris que c'est l'expérience physique recherchée, alors vous aurez des problèmes avec ma musique. Il faut l'écouter autrement, mais personne n'y pense en allant à un concert de rock. Qu'est-ce qu'on va chercher à un concert de rock quand on aime ça!? On y va pour le sexe, une forme adolescente de sexualité. Et il y a encore plein de sexualité adolescente en nous ! C'est une mentalité, une façon de voir le monde, pas seulement une histoire d'avant-garde, de nouvelle instrumentation et de méthodes de travail innovantes. Il ne s'agit pas d'une approche esthétique, mais politique.”Glenn Branca
GLENN BRANCA, ESTHETIQUE DU SON ET POLITIQUE DE LA SONORITE.
Une masse sonore énorme plane au-dessus d'une armée de guitares électriques et résonne comme une menace. Grondements, dissonances, effets de choeurs invisibles. Sur scène, douze musiciens : cinq guitares, cinq "claviers", basse et batterie. Le 4 juin 1983, l'association l'Oreille est Hardie* (à l’origine de l'actuel Confort Moderne) accueille "Physics", quatrième symphonie et premier concert en France de Glenn Branca, compositeur pour grands ensembles de guitares électriques. Né en 1948 à Harrisburg, Pennsylvanie, ancien étudiant en art dramatique de Emerson College à Boston, Glenn Branca expérimente depuis 1977 les phénomènes acoustiques provoqués par l'extrême densité harmonique. Issu du théâtre d'avant-garde et du rock underground avec ses groupes Theoretical Girls (1978) et Static (1979), Branca est avec Rhys Chatham, la tête de file d'un des courants musical new yorkais le plus important depuis les minimalistes. Leur influence est déterminante sur les jeunes groupes du "guitar movement", Sonic Youth, Mars, Band of Susans, Swans. A l'époque, on peut lire dans un article du New York Times : "Glenn Branca n'utilise pas les guitares à la manière du rock, mais plutôt comme des instruments électroniques et selon des principes qui puisent leur origine dans le Futurisme, Dada, chez Varèse, les coloristes sonores des années 60, aussi bien que dans la musique symphonique et le heavy metal." Lorsqu'il entend la musique de Branca pour la première fois à Chicago en 1982, John Cage est atterré : "Mes genoux s'entrechoquaient, je claquais des dents. C'est une musique de fasciste, sans aucune ouverture". Mais quelques jours plus tard, il nuancera ses propos : "Il m'a secoué. Sa musique a littéralement bouleversé mes sensations. Cela m'a rappelé l'enregistrement réalisé par La Monte Young d'un gong heurté sur du béton et monstrueusement amplifié".
*"L'oreille est hardie" est fondée à Poitiers en 1977 par Francis Falceto, Françoise Bordage aka Fazette, Yorrick Benoist et Philippe Auvin
”the Glenn Branca show at the Kitchen was quite impressive... congratz are in order... the band was very disciplined and well rehearsed... the final section was an ear bleeding apocalypse... as hard core as anything he has ever done... his conducting sillohuette looked like something from a gothic zombie film... Longo's slide show was appropriate and even tasty at certain junctures... what more can i say...? did it rock me like the old days? mmm... not quite... but that may have more to do with changes in me than with anything else... etc” David Linton 2016
Journaliste, producteur d'émissions musicales pour France Culture, Daniel Caux (1935- 2008) vient à Poitiers pour enregistrer le concert (pour l'Oreille est Hardie en 1983) ainsi qu'un entretien avec le compositeur. Passionné de "musiques nouvelles" comme de free jazz ou de musique arabo-andalouse, au cours de sa longue et prolifique carrière, Daniel Caux n'a jamais cessé de faire partager à ses auditeurs sa connaissance des musiques réputées difficiles ou non commerciales. C'est grâce à lui que le public français découvrira les Symphonies n° 8 et 10 de Glenn Branca au Théâtre de la Ville, l'instrumentation de Harry Partch au festival de Lille, les classiques de la musique algérienne à Nanterre. J'ai traduit pour ses émissions des interviews de Sonic Youth, Zev et Glenn Branca, en particulier celui de Poitiers. Pour ceux de ma génération qui découvrirent la musique contemporaine (Pierre Henry, Xenakis, Berio, Stockhausen...) grâce à la radio de Pierre Schaeffer au début des années 60, Daniel Caux reste un modèle de pédagogie et de dévouement pour la popularisation des musiques les plus excitantes de notre époque.
INTERVIEW de GLENN BRANCA PAR DANIEL CAUX - Poitiers, 4 juin 1983
Daniel Caux – Parlez-nous du son, de sa constitution…
Je m'intéresse surtout aux phénomènes acoustiques dans le domaine du son, au point où il devient difficile d'imaginer ce qui se passe techniquement. J'essaie de créer une étendue sonore dans laquelle j'entends des choses proprement inouïes, que je n'ai pas forcément déterminées moi-même. Au début, je ne comprenais pas. J'ai fait des recherches sur les expériences en cours sur les phénomènes acoustiques. D'abord, j'ai cru découvrir quelque chose au niveau de l'écoute. Mais d'après ce que j'avais lu sur le sujet, ce que j'entendais n'avais jamais été sérieusement étudié. Je me suis aperçu que le son était surtout plus un rapport avec l'esprit de l'auditeur qu'avec l'espace sonore. Ce qu'on entend est plus un processus de pensée qu'une question de timbre, il me semble. Par exemple la façon dont les gens vivent un concert de rock, dépend plus de leurs images intérieures que de ce que le groupe représente. Ce qui va donner au son une certaine qualité, ce qui déterminera la puissance suggestive de la musique, est très éloigné des questions d'interaction harmonique entre les notes ! J'étudie toujours l'aspect technique du son, c'est très attirant le côté empirique, le rapport à l'instant où l'expérience a lieu, avec l'énergie que le public et les interprètes extériorisent… Mes expériences scéniques les plus intenses ont plus de relation avec ce que je ressens qu'avec ce que j'entends. Si une impression très forte me frappe l'esprit, il me paraît possible de construire un son, de lui donner forme, de le mouler dans cette impression.
Daniel Caux – Les systèmes d'accord : s'agit-il seulement d'intonation juste ou de relations spéciales entre les notes?
Le système d'accord est très simple. Il s'agit effectivement de modulation, mais pour moi c'est plus que cela. Je n'ai jamais été particulièrement intéressé par l'intonation juste en tant que telle, opposée à la gamme tempérée. La découverte des séries harmoniques m'a bouleversé parce qu'elles sont la manifestation de vagues physiques d'énergie produites par n'importe quel son. C'est une manifestation de la nature, quelque chose que personne n'a créé et qui existe. Un jour j'ai découvert que les intervalles des séries harmoniques étaient déterminées et possédaient des attributs, dont on pouvait se servir, ce que j'ai fait. La différence entre se servir de l'intonation juste et se servir des séries harmoniques ne réside pas dans l'utilisation de séries entières, quand je parle de séries entières, il s'agit de tous les intervalles des sept premières octaves, parce que séries harmoniques sont des séries infinies. Si j'utilise tous les intervalles des sept premières octaves, je peux créer des relations mathématiques avec les séries. Je veux dire qu'on peut utiliser une formule pour déterminer des phénomènes précis. Cet aspect technique du son m'intéresse. En ce qui concerne les séries harmoniques la distance entre chaque intervalle varie, tandis que dans la gamme tempérée tous les intervalles sont identiques, c'est presque l'inverse de la gamme tempérée. Donc à la base, mon système d'accord est l'accord de tous les intervalles des sept premières octaves des série harmoniques. Je dirige d'après des diagrammes, parce que j'ai envie de voir, de traduire sur le plan visuel, au cas où ça voudrait dire quelque chose, faire apparaître des modèles géométriques… Je veux pouvoir visualiser en trois dimensions ce qui se passe. En même temps que j'essaie d'obtenir une sorte de représentation visuelle des séries harmoniques, ça me donne des idées, la nécessité de créer plus de diagrammes. La plupart des accords dont je me sers, je ne les ai pas vraiment inventés. En tous cas, pour ce qui est du premier mouvement de la symphonie que je vais diriger ce soir, virtuellement aucun accord n'a été déterminé par ma pensée, ils ont été complètement commandés par des diagrammes basés sur les séries harmoniques, et ça m'intéresse au plus haut point d'entendre ce qui, à la base, est la manifestation d'un phénomène d'origine naturelle, quelque chose qui n'a été prédéterminé par aucun esprit humain. Incroyable comme sont nombreux ces accords qui sonnent comme du Mahler, du Wagner, ou Berlioz… Certains complètement classiques, d'autres plus récents… En fait, ils n'ont été créés par personne, jusqu'à un certain point bien sûr je les ai orchestrées, mais très peu en fait.
Mon orientation vient de ce que je veux entendre parce que je sais que c'est là, que c'est nécessaire à la création de ce que je veux entendre. Quand je parviens à la réalisation, à la musique, au son, c'est plus que la simple manifestation de notes et d'accords précis. Il faut générer, projetter une sensation qui donne au son sa véritable qualité, pour communiquer… Je ne considère pas ma musique comme du divertissement, même si je suis sans doute une sorte d'amuseur. Même si je ne fais pas partie de ce monde, quand je suis sur scène, quand j'essaie de faire surgir quelque chose de plus, je n'ai pas le sentiment de vouloir que le public et moi-même en restions là. Je ne me soucie pas de savoir où nous sommes physiquement, mais mentalement. Je ne veux pas que le public soit là en voyeur, mais je me moque qu'il se sente voyeur! Mentalement, j'attends vraiment une participation de la part du public, parce que c'est lui et moi qui allons créer ce que nous allons entendre. J'attends beaucoup du public, mais certainement pas ce que la plupart des gens qui viennent écouter de la musique s'imaginent. Ils ne comprennent pas toujours qu'il leur faut aussi travailler ! Moi je travaille très dur et j'éprouve une grande satisfaction dans ce travail, et je pense que si le public travaille un peu de son côté, il y gagnera aussi une immense satisfaction… J'adorerais rester planter là, ou même ne pas apparaître du tout pendant le concert, remettre ma partition simplement et laisser la performance avoir lieu… mais ça ne marche pas comme ça, il faut faire vivre la musique, chaque concert est presque une naissance, une création du moment, à cet endroit, pour ce public. Quelque fois ça ne marche pas, mais quand ça marche, ça prend presque une forme physique, la musique devient incroyablement physique : je pense que ça correspond au sens du toucher, je pense que tous les sens aboutissent au toucher. Quelque chose d'incroyablement physique a lieu quand cette forme apparaît, exprime sa propre vie, commence à bouger de façon autonome… Personne ne peut plus la contrôler. Il est difficile d'atteindre ce point, il y faut beaucoup de travail et d'efforts, et la part d'émotion est indispensable. J'essaie de ne censurer aucune de mes émotions, mêmes si beaucoup d'entre elles sont… laides! Beaucoup de choses en moi sont laides, je ne le nie pas! Si ça existe, ça ne peut être ignoré. Si je m'abandonne aux émotions laides, je peux aussi m'ouvrir à des émotions… belles! C'est aussi difficile d'exprimer les émotions laides que les belles émotions. Mon désir d'expérimentation ne peut supporter l'ennui d'une musique morte. J'ai besoin d'une expérience, donc je me sers de mes émotions.
Daniel Caux – Des organisateurs sont parfois terrifiés par le volume sonore de vos concerts…
En Allemagne, au cours de cette tournée, tout était prêt pour le concert, mais les organisateurs ont entendu parler des déclarations de John Cage, et en furent très effrayés. Puis des gens ont affirmé que le son était trop fort, alors ils ont décidé qu'ils ne voulaient plus de nous. Après de nombreuses discussions, ils ont changé d'avis. Quelqu'un d'autre a juré que d'après ce qui se disait de moi, c'était comme si le diable en personne allait débarquer à Cologne! Nul doute que certains sont terrifiés par ma musique, ce qui est absurde, fou et ridicule… Beaucoup de gens ont pris au sérieux les paroles de John Cage, qui sont totalement exagérées. Je ne sais pas d'où cela vient, ni s'il a des problèmes, mais de toute évidence quelque chose l'a profondément bouleversé, mais je crois que c'est purement personnel. Je sais qu'il déteste la musique émotionnelle, c'est bien connu, la sienne ne l'est pas, il a donc été extrêmement choqué. Il a affirmé depuis avoir corrigé cette impression, mais il a fait des déclarations si péremptoires, des descriptions si détaillées de ce qu'il avait physiquement et mentalement ressenti, que j'ai du mal à croire qu'il a changé d'avis… Si c'est le cas, il lui a fallu d'abord oublier ses sensations, puisque ses déclarations étaient d'une telle virulence. Il a jugé ma musique dangereuse, il a dit que j'étais un compositeur d'apocalypse, de fin du monde… Que tout le mal de l'humanité était incarné dans cette musique. Cela a fait un certain bruit. Moi ça m'a mis en colère, qu'il se serve du mot "mal", "mauvais", c'est insultant pour ma musique. Maintenant les gens arrivent au concert avec ces propos en tête. Cela limite les possibilités de faire l'expérience de cette forme de musique. Depuis quatre ou cinq ans, j'essaie de créer une atmosphère sans préjugés, pour faire reculer les catégories et sauter certaines barrières si possible. Le public qui vient au concert doit éviter de penser : ça entre dans telle catégorie, donc je dois vivre telle expérience, tel événement. Je ne veux pas de ça ! A certains endroits en Allemagne, cette attitude a empêchée la musique de produire tous ses effets.
Daniel Caux – Votre musique reflète-t-elle l'atmosphère de New York?
Oui, jusqu'à un certain point. Il n'y a pas vraiment un groupe ou un compositeur qui travaille dans la même direction que moi, mais le sentiment général à New York est le besoin de créer une œuvre dont l'impact humain soit très fort. De façon superficielle, on a appelé ça entre autres "primitivisme". En général à l'étranger, c'est ainsi qu'est perçu ce qui se développe à New York. La raison est le besoin de créer un type d'expérience en dehors du monde de l'hyper médiatisation, si vous voyez ce que je veux dire. Personne ne l'a encore décrite : c'est une expérience totalement viscérale, pour moi c'est ce qui se passe entre les gens et dont on ne parle pas. Il faut exprimer d'une façon ou d'une autre ces choses qui grossissent à l'intérieur de nous et ont une existence minuscule à l'extérieur. Cela doit être dit un jour. En dehors de New York, on n'a pas l'impression que beaucoup de gens sont attirés par ce genre d'expérience. C'est très dur de vivre à New York, comme dans beaucoup d'autres endroits je suppose, mais NY c'est l'expérience de la laideur, de l'horreur, un style de vie absolument sans attrait…
J'ai commencé à travailler avec un certain nombre de guitares et de d'accordages. Puis je me suis intéressé aux résonances, aux cordes sonnant à vide. Je ne voulais plus entendre le son des doigts en contact avec la corde parce que ça étouffe les résonances… J'aime la guitare parce que c'est encore le plus physique des instruments. Ensuite il a fallu un instrument avec beaucoup de cordes qui puissent sonner à vide. Dans l'impossibilité de faire jouer une centaine de guitares, j'ai crée des instruments avec beaucoup plus de cordes que sur une guitare. J'avais aussi besoin d'une gamme plus étendue, à l'échelle d'un orchestre, afin de contrôler tous les aspects de la composition. Il est donc devenu indispensable de créer de nouveaux instruments. Quand j'ai voulu faire l'accordage des séries harmoniques, parce qu'il n'y avait pas énormément de notes, l'étape qui s'est imposée ensuite fut le clavier, toujours pour plus de contrôle. Après avoir utilisé la guitare conventionnelle, j'ai construit des guitares en forme d'escaliers dont on joue avec des mailloches. Mais elles avaient aussi des limites, parce que l'exécutant ne pouvait jouer que deux notes à la fois. Pour des raisons techniques, il me fallait un instrument qui aurait le son et les possibilités voulues. Un aspect intéressant du côté technique de cet instrument : une barre est placée en dessous de la note active de chaque corde. En fonction de certains phénomènes, le son acquiert une plus grande résonance lorsqu'il est amplifié. Cette technique est communément employée pour changer de diapason sur n'importe quel instrument à cordes. L'amplification crée non seulement une résonance extraordinaire, mais aussi une étonnante texture harmonique. Dans l'œuvre qui va être jouée ce soir, j'utilise une guitare harmonique qui comporte cet élément technique. Pour en jouer, l'exécutant frappe seulement les cordes du côté qui n'est pas amplifié, l'amplificateur étant posé de l'autre côté de la barre. Les seules notes audibles sont les harmoniques des cordes, aucune note fondamentale, des notes totalement différentes de ce que l'on perçoit normalement. C'est un effet très bizarre, que je ne sais pas vraiment expliquer. Je peux jouer une étendue d'harmoniques impossibles sur tout autre instrument à cordes. Sur un instrument à cordes, on peut produire 4, 5, 6 ou 7 harmoniques, mais sur cet instrument, je peux en produire des centaines! J'utilise cette barre sur tous les instruments, même s'ils ne servent pas précisément comme des instruments harmoniques. Leur texture harmonique est superbe! Les claviers sont construits par un facteur d'instruments qui fabrique des clavecins. Tous les claviers dont je me sers sont du type clavecin. Ils sont plus délicats que les guitares parce qu'ils comprennent beaucoup de cordes qui représentent une tension énorme. La structure de ces instruments doit donc être très stable.
Daniel Caux – Comment choisissez-vous vos musiciens?
Certains travaillent avec moi depuis un certain temps, je préfère des gens qui ont des affinités avec ma musique. Je demande simplement autour de moi qui veut jouer ma musique… Je n'ai pas besoin de musiciens professionnels, mais de gens qui ont une sensibilité plutôt que de grandes qualités techniques. Il est important quand la musique se produit que les musiciens comprennent quels sons doivent être entendus, et dans quel sens ils doivent aller.
Daniel Caux – Avez-vous une préférence pour ceux de votre label, Neutral Record?
Certains musiciens de Neutral ont déjà joué avec moi. Comme je veux travailler avec des gens d'une certaine sensibilité, les musiciens que je choisis ont leurs propres travaux de leur côté, qui m'intéressent aussi beaucoup. Neutral a permis à la musique de certains d'entre eux d'être publiée.
DISCOGRAPHIE
LESSON #1 - 99 Records THE ASCENSION - 99 Records MUSIC FOR THE DANCE 'BAD SMELLS'- GPS Records SYMPHONY NO. 3 (GLORIA) - Neutral, Crepuscule, Atavistic SYMPHONY NO. 1 (TONAL PLEXUS) - ROIR, Danceteria THE BELLY OF AN ARCHITECT (soundtrack) - Crepuscule, Normal, Factory SYMPHONY NO. 6 (DEVIL CHOIRS AT THE GATES OF HEAVEN) - Blast First, Restless, Danceteria, Atavistic SYMPHONY NO. 2 (THE PEAK OF THE SACRED) - Atavistic THE WORLD UPSIDE DOWN - Crepuscule, Atavistic THE MYSTERIES (SYMPHONIES NO. 8 + NO. 10) - Blast First, Atavistic SYMPHONY NO. 9 (L'EVE FUTURE) - Point Music SYMPHONY NO. 5 (DESCRIBING PLANES OF AN EXPANDING HYPER-SPHERE) – Atavistic
”Goodbye, Glenn Branca. You were everything NYC meant to me : beauty,
noise, audacity, and total commitment, wrapped up in a confrontational,
gruff, brilliant human.” Annie Gosfield - Eulogy to a dead hero - May 14th 2018
Une installation vidéo projette une généalogie des revues dans le monde.
L'image des revues dans le monde de la fin du 18e siècle à nos jours, présente dans une juste articulation avec les contextes historiques et territoriaux, les revues, leurs couvertures, mais aussi des contenus historiques, textes manifestes, portraits…
La revue culturelle est un objet essentiellement moderne. Elle est le lieu de l'expérience scripturale et graphique, mais c’est avant tout un support critique, visuel et littéraire qui fait constamment irruption dans l'accompagnement des luttes que les femmes et les hommes ont mené dans le monde pour leur émancipation.
En ce sens et en raison du recouvrement mondial qu'a été le colonialisme moderne, l'on peut dire que la revue culturelle est par essence, par son hybridité, sa mobilité et son existence précaire, souvent née dans l'urgence et la nécessité, un pur objet de l'expérience coloniale : et ce faisant un laboratoire de la modernité. C'est à l'intérieur de ces espaces contraints et divisés, qu'émerge la revue telle qu'on l'entend : un espace critique et politique en quête d'autonomie. L’histoire des revues et leurs contenus ne cesse de rendre compte de ce long continuum.
avec
les voix de Sekou Touré, Patrice Lumumba, Malcolm X, Ho Chi Minh,
Rabindranath Tagore, Salvador Allende, Kathleen Cleaver, Myriam Makeba,
Aimé Césaire, Kateb Yacine, Marcus Garvey, Nina Simone et des ambiances
de manifestations politiques à Athénes, au Chili, au Royaume-Uni, en
Kabylie ...
A video installation projects a genealogy of magazines from around the world.
It presents a global overview of magazines from the late 18th century to
the present day, skillfully linking the publications—and their
covers—with their historical and geographical contexts, while also
showcasing historical content, manifestos, portraits, and more.
The cultural magazine is an essentially modern phenomenon.It
serves as a space for experimentation with writing and graphic design,
but above all, it is a critical, visual, and literary medium that has
consistently played a role in the struggles for emancipation waged by
women and men across the globe.
In this sense—and given the global scope of modern colonialism—one can say that the cultural journal is, by its very essence (characterized by hybridity, mobility, and a precarious existence often born of urgency and necessity), a quintessential product of the colonial experience and, consequently, a laboratory of modernity.It is within these constrained and divided spaces that the journal as we understand it emerges: a critical and political space striving for autonomy.The history of these journals and their content continually reflects this long continuum.
La doyenne des revues culturelles de langue française serait peut-être née à Haïti, à Port au Prince, l'Abeille Haytienne en date du 7 juillet 1817. La revue ne cesse de dire une ambition d'indépendance contrariée parce-que faite à la fois nécessairement de voix singulières, d'auteurs volontaires, tentés par des perspectives politiques et culturelles renouvelées.
The oldest French-language cultural magazine may well have originated in Port-au-Prince, Haiti, with the launch of *L’Abeille Haytienne* on July 7, 1817. The publication consistently reflects an ambition for independence—one that was inevitably thwarted, as it was shaped by a combination of distinctive voices and determined authors drawn to fresh political and cultural perspectives.
Présentant plus de mille revues, l'exposition ne prétend pas à l'exhaustivité mais témoigne qu'une recherche collective, multilingue et décentrée, telle qu'elle a été menée à l'INHA, conforte une histoire globale de l'art. Elle permet de réévaluer et surtout faire exister la vie intellectuelle politique, artistique et critique qui s’est exercée au cœur des empires coloniaux.
Featuring
over a thousand periodicals, the exhibition makes no claim to
exhaustiveness; rather, it demonstrates how a collective, multilingual,
and decentered research initiative—such as the one conducted at the
INHA—reinforces a global history of art.It
enables a re-evaluation—and, above all, brings to light—the
intellectual, political, artistic, and critical life that flourished at
the heart of colonial empires.
"Seismography of Struggle" Towards a Global History of Critical and Cultural Journals
"Seismography of Struggle" brings a kaleidoscope of non-European critical and cultural journals, including those from the African, Indian, Caribbean, Asian, and South American diaspora. A critical and cultural journal, is, through its hybridity, its mobility and its precarious existence, a pure object of colonial experience. By its nature, it is a laboratory of modernity. In the wake of revolutionary movements of the end of the 18th century and up to the watershed year of 1989, they were often born out of urgency and necessity. The populations of the territories who represent themselves in this sound and visual work experienced colonialism, slavery, Apartheid, and genocides. The show's montage of images and sounds, covers, texts, and portraits of foundational figures, as well as the key words and key discursive and graphic strategies for liberation, reverberate across the 800 images featured in Seismography of Struggle.
"NY,NY" est un film expérimental, en forme de poème cinématographique abstrait, réalisé par Francis Thompson en 1957. Une collection de scènes tournées à New York pendant 8 ans et traitées au travers de prismes, de lentilles, de miroirs et autres étranges kaléidoscopies.
"NY,NY" is an experimental movie, as an abstract ciné-poème, directed by Francis Thompson in 1957. A collection of scenes recorded in New York City for 8 years long and treated by special prisms, lenses, mirrors and other strange kaleidoscops.
"And then there is what may be called the Distorted Documentary a new
form of visionary art, admirably exemplified by Mr. Francis Thompson's
film, NY, NY. In this very strange and beautiful picture we see
the city of New York as it appears when photographed through multiplying
prisms, or reflected in the backs of spoons, polished hub caps,
spherical and parabolic mirrors. We still recognize houses, people, shop
fronts, taxicabs, but recognize them as elements in one of those living
geometries which are so characteristic of the visionary experience. The
invention of this new cinematographic art seems to presage (thank
heaven!) the supersession and early demise of non-representational
painting...Looking at NY, NY, I was amazed to see that virtually every
pictorial device invented by the old masters of non-representational art
and reproduced ad nauseam by the academicians and mannerists of the
school, for the last forty years or more, makes its appearance, alive,
glowing, intensely significant, in the sequences of Mr. Thompson's film."A.H. 1956
Plusieurs musiques jamais publiées auparavant ressurgissent 40 ans plus tard. Thierry Azam, compositeur sonore et artiste photographe, et Alain Michon, homme du mode sonore devant l'éternel, soit tous deux sous le paytronyme de Pray-Pax,membres actifs du collectif pluridisciplinaire "Lolita", articulé autour de la scène de la danse contemporaine dans les années 80, publient 40 ans plus tard, une quinzaine de compositions expérimentales (collages, électroacoustique, spoken word, ambiances concrètes, new wave de cette époque, post pop-rock avant l'heure, etc...) qui accompagnaient les spectacles.
Several previously unpublished musical pieces resurface 40 years later.Thierry Azam, sound composer and photographer, and Alain Michon, a man of eternal sound, both members (Pray-Pax) of the multidisciplinary collective "Lolita" which focused on the contemporary dance scene in the 1980s, have published, 40 years later, sixteen experimental compositions (collages, electroacoustics, spoken word, concrete atmospheres, new wave of that era, post-pop-rock before its time, etc...) which were the soundtracks of the shows.
"The Lolita years" sur le label Zel Zele voit sa sortie officielle le 24 octobre. Un grand voyage au siècle dernier avec ces pièces pleines d'humour et d'espièglerie qui nous rappellent ces années-là.
Sortie officielle du vinyl le 24 octobre 2025, en attendant le livre mémoire sur le collectif attendu cet bhiver avec moult archives de cette aventure "Lolita".
"The Lolita years"on the Zel Zele label will see its official release on October 24th.An amazing journey through time with these humorous and playful pieces that remind us of those last century' years.
The vinyl will be officially released on October 24, 2025, waiting for the collective's memory book, expected for this winter, features a wealth of archives from this "Lolita" adventure.