"Music is the cup that holds the wine of silence. Sound is that cup, but empty. Noise is that cup, but broken.”

Robert Fripp


"Le rôle de l'artiste créateur est de créer des lois, non pas de suivre celles qui sont déjà faites"
Ferruccio Busoni

"Go, go, go! ... Go! go! ..."
John Lee Hooker

20/01/2019

Radio Nova et Andrew Orr


Radio Nova est en deuil de l'un de ses principaux fondateurs et artisans, Andrew Orr 
qui, avec la complicité d'Antoine Lefébure (qui avait lançé la radio pirate "Radio Verte" en 1977), 
Jean-Marc Fombonne et Jean-François Bizot, bouillonnant fondateur du magazine Actuel,
avait fondé cette nouvelle radio libre.

Andrew Orr nous a quitté en ce mois de janvier 2019.
J'ai eu la chance de le rencontrer dans les couloirs de France Culture et qu'il me demande de bien vouloir mixer les tous premiers programmes de Radio Nova. Pendant l'été 1981, nous avons pu élaborer dans un des studios de Radio France les premières bandes mixées d'une durée de 8 heures que nous nommions entre nous "Longues Durées" et qui furent diffusées en septembre pour l'ouverture de la station.

Pendant presque 5 ans, nous avons avons constitué une équipe à dimension variable, afin de fabriquer, nourrir, caractériser cette antenne, la faire vivre, innover en expérimentant, privilégiant l’écoute et le croisement de toutes les cultures du monde, avec exigence, passion et ouverture d'esprit.
Andrew, grand homme de radio, de son, et de sens, m'a personnellement apporté beaucoup, comme à beaucoup d'autres, avec la générosité qui était la sienne. Merci à lui.

Andrew, RIP.

Jean-Jacques Palix - Paris - janvier 2019
 
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"Andrew Orr et Jean Marc Fombonne théorisaient la nouvelle radio: la FM devait bousculer la hiérarchie réalisateur-speaker-technicien. Inventons le reporter-monteur-preneur de son! Finis les rendez-vous fixes et le privilégiés du micro. Finie la division journalisme / musique / information / animation. On allait tout mixer!"
Jean-François Bizot



L’objectif de Radio Nova était de rompre avec les formats radiophoniques traditionnels:
expérimenter et appliquer 24h sur 24 les principes de la "radio magnétique" propre à la "création radiophonique".
Son identité s'appuyait sur de longs flux musicaux, sans appréhension du mélange des genres, des mini scénarios sonores mêlant sons de la vie, piratages sonores divers et archives radiophoniques, l'anonymat des voix, et bien d'autres stigmates qui nous identifiaient comme "la plus belle bande son de Paris", toujours soufflant le chaud et le froid.

Les extraits d'interviewes d'Andrew (ci-dessus) sont tous issus
de l'excellent livre d'Anaïs Kien et Perrine Kervran,  
"Les années Actuel" qui retrace cette première période de l'existence de Radio Nova (1981/1985). 

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"Lola Montes", un des premiers génériques de la radio qu'Andrew avait créé en 81.
et quelques archives des premières années de Radio Nova ICI

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19/01/2019

Annette Oratorio


Conçu par Pascale Nandillon et Frédéric Tétart pour l'Atelier Hors Champ, le spectacle
"Annette Oratorio" réunit sur scène une comédienne, une chanteuse lyrique et un musicien électro-acoustique, dans un oratorio théâtral élaboré à partir des carnets d’Annette Libotte, rédigés en 1941 et 1942 depuis l’hôpital psychiatrique de Schaerbeek où elle était internée à cause d’hallucinations auditives. Les textes proviennent de la Collection de l'Art Brut de Lausanne.


au Théâtre de la Commune d'Aubervilliers  du 25 au 30 janvier 2019.
réservations: 01 48 33 16 16 - billetterie@lacommune-aubervilliers.fr

avec
Pascale Nandillon (mise-en-scène, retranscription et adaptation)
Frédéric Tétart (mise-en-scène, musique, retranscription)
Sophie Pernette (comédienne, retranscription)
Juliette de Massy (chanteuse)


La création a eu lieue les 18 et 19 janvier à La Fonderie dans la ville du Mans.
dossier artistique


Annette Libotte invente une langue phonétique qu’on ne déchiffre qu’à haute voix. Sa puissante oralité nous convoque à la source du langage – on y entend le  chemin escarpé que prend la langue pour naître, déformée, balbutiée, libérée dans le chant. Ses écrits font état de ce qui traverse sa vie, sa pensée, sa chair ; ils témoignent de son affairement quotidien, sa faim, sa soif, son désir de liberté, son exil sur le rivage de la maladie.


"Annette Oratorio" s’inscrit dans le sillon des travaux de l'Atelier Hors Champ, autour des langues singulières, profondément corporelles, naturellement musicales, de Vaslav Nijinski, August Stramm, Christophe Tarkos, Henri Michaux, Virginia Woolf... Témoignages existentiels, langues insoumises, bousculant les carcans du langage - menant l'acteur au bord d'une expérience essentielle et désarmante de la parole.



"...Qu'il soit l'espace de la question ouverte et de la polyphonie. Qu'on y entame un dialogue profond avec l'autre, avec la fibre de sa pensée – ce cerveau commun qui se construit entre le plateau et les spectateurs. Qu'on y sonde le réel. Qu'il fissure les carcans du langage et des corps, qu'on y entende des voix inouïes.Qu'il ose sa liberté et qu'on s'y affranchisse." 
Frédéric Tétart et Pascale Nandillon à propos de ce qu'ils attendent du théâtre




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18/01/2019

Sismographie des Luttes




"Sismographie des luttes"
vers une histoire globale des revues critiques et culturelles.

"Seismography of Struggle" 
Towards a Global History of Critical and Cultural Journals

Prochainement, du 24 janvier au 24 février 2019, l'exposition sera présentée
à Toulouse au musée "Les Abattoirs"
 
Elle a déjà été présentée à Paris dans les locaux de l'INHA en novembre 2017,
à Rabat au Maroc au Kulte Center for contemporary Art & Edition en juin/juillet 2018,
au Sénégal dans le cadre de la programmation off de la Biennale de Dakar,
au RAW, Centre pour l'art, le savoir et la société en mai/juin 2018
& in NYC, in the Gallatin Galleries during September/October 2018  ***
& à la même période à Marseille à La Compagnie


INFOS


Commissariat : Zahia Rahmani (INHA)
Assistantes de l'exposition et chargées de la recherche
                         Florence-Duchemin Pelletier (INHA) & Aline Pighin (INHA)
Graphiste : Thierry Crombet - RelativDesign
Composition musicale originale : Jean-Jacques Palix

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Une installation vidéo projette une généalogie des revues dans le monde.  
L'image des revues dans le monde de la fin du 18e siècle à nos jours, présente dans une juste articulation avec les contextes historiques et territoriaux, les revues, leurs couvertures, mais aussi des contenus historiques, textes manifestes, portraits…
La revue culturelle est un objet essentiellement moderne. Elle est le lieu de l'expérience scripturale et graphique, mais c’est avant tout un support critique, visuel et littéraire qui fait constamment irruption dans l'accompagnement des luttes que les femmes et les hommes ont mené dans le monde pour leur émancipation.

En ce sens et en raison du recouvrement mondial qu'a été le colonialisme moderne, l'on peut dire que la revue culturelle est par essence, par son hybridité, sa mobilité et son existence précaire, souvent née dans l'urgence et la nécessité, un pur objet de l'expérience coloniale : et ce faisant un laboratoire de la modernité. C'est à l'intérieur de ces espaces contraints et divisés, qu'émerge la revue telle qu'on l'entend : un espace critique et politique en quête d'autonomie. L’histoire des revues et leurs contenus ne cesse de rendre compte de ce long continuum.


La doyenne des revues culturelles de langue française serait peut-être née à Haïti, à Port au Prince, l'Abeille Haytienne en date du 7 juillet 1817. La revue ne cesse de dire une ambition d'indépendance contrariée parce-que faite à la fois nécessairement de voix singulières, d'auteurs volontaires, tentés par des perspectives politiques et culturelles renouvelées.

























Présentant plus de mille revues, l'exposition ne prétend pas à l'exhaustivité mais témoigne qu'une recherche collective, multilingue et décentrée, telle qu'elle a été menée à l'INHA, conforte une histoire globale de l'art. Elle permet de réévaluer et surtout faire exister la vie intellectuelle politique, artistique et critique qui s’est exercée au cœur des empires coloniaux.



dossier de presse



"Seismography of Struggle" 
Towards a Global History of Critical and Cultural Journals
"Seismography of Struggle" brings a kaleidoscope of non-European critical and cultural journals, including those from the African, Indian, Caribbean, Asian, and South American diaspora. A critical and cultural journal, is, through its hybridity, its mobility and its precarious existence, a pure object of colonial experience. By its nature, it is a laboratory of modernity. In the wake of revolutionary movements of the end of the 18th century and up to the watershed year of 1989, they were often born out of urgency and necessity. The populations of the territories who represent themselves in this sound and visual work experienced colonialism, slavery, Apartheid, and genocides.  The show's montage of images and sounds, covers, texts, and portraits of foundational figures, as well as the key words and key discursive and graphic strategies for liberation, reverberate across the 800 images featured in Seismography of Struggle.



 

Journal de bord




Sous la forme d'un monodrame musical, "Journal de Bord" est une composition d'Alessandro Bosetti interprétée par lui-même et trois musiciens sur scène et illustrée d’une projection typographique en direct.
avec Alessandro Bosetti : composition, voix et électronique
Carol Robinson : clarinettes
Kenta Nagai : guitare électrique et shamishen
Alexandre Babel : percussions


Spectacle à Marseille au Théâtre de la Joliette le mercredi 30 janvier 2109

La première a eu lieu au "Nouveau Théâtre de Montreuil" le vendredi 30 Novembre 2018. 





Le travail de Bosetti est articulé autour de la musicalité des voix, des timbres et des accents de la langue parlée, explorant au travers de performances et de diffusions radiophoniques la frontière entre le langage parlé et la musique. Usant souvent de performances publiques au travers de stratégies relationnelles, de pratiques instrumentales et d'explorations vocales, Bosetti utilise des malentendus, des traductions, des doublages, des documents sonores et des entretiens enregistrés comme outils de composition: à la frontière entre anthropologie sonore et musique électroacoustique.

"Les langues ont toujours sonné dans ma tête. Elles sont comme des feux que je maintiens allumés en moi, et qui brûlent ailleurs." Alessandro Bosetti - extrait d'une interview sur Syntone
 


Pour "Journal de bord", la voix d’Alessandro Bosetti retrace un segment perdu de son enfance en chantant le journal intime écrit par sa mère en 1978 lors d’un voyage en voilier dans l’Atlantique, marquant aussi la séparation avec sa famille.
Une calligraphie vocale qui suit fidèlement la voix de la mère sous la forme d’un monodrame musical interprété par trois musiciens sur scène et illustré d’une projection typographique en direct.
Une pièce finalement autobiographique qui plonge dans la mémoire et l’intimité de la voix, laissant le public charmé et enchanté.

extrait de l'interview d'Alessandro Bosetti, diffusée sur Radio Libertaire
dans l'émission  "Epsilonia"  du jeudi 22 novembre 2018




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dossier artistique (pdf)

interview compléte (28 minutes - Epsilonia - Radio Libertaire)

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15/01/2019

Gobe-mouches


"Le petit gobe-mouches" est un livre publié par Christian Bourgois Editeur en 1979. 

Conçu par le poète et typographe Jérôme Peignot, grand amateur et créateur de  poésie visuelle, de Typoèmes et de Calligrammes, "Le petit gobe-mouches" fonctionne comme un dictionnaire où "les mots se prêtent à merveille à l'élaboration de construction qui, fondée en raison linguistiquement parlant, ne ressortent que du langage et de lui seul".

Recensés dans cet ouvrage passé au peigne fin, voilà quelques uns de ces mots relatifs au monde du sonore et du musical.

Bolero : ce n'est pas parce qu'on entre dedans qu'on prend une veste. 
Bugle : fleur bleue du régiment.
Chalumeau : on ne peut s'en servir que si l'on connaît la musique. 
Chanteur de charme : il faut l'arroser si on veut qu'il en pousse un.
Chef d'orchestre : s'il y en a un qui mène les choses à la baguette, c'est bien lui.
Concert : lors de celui des nations, les violons sont rarement accordés.
Contredanse : fait valser.
Courante : on connaît la musique.
Disque : on a beau le changer, le contractuel connaît la musique.
Dur de la feuille : à oreilles caduques.
Facteur d'orgue : lui aussi se préoccupe de timbres.
Fugueur : J.S.Bach a prouvé qu'on pouvait faire des fugues sans en être un.
Grosse caisse : le seul moyen de savoir ce qu'elle a dans le ventre c'est de taper dessus.
Guimbarde : rare est celle qui ne fait pas vibrer une corde sensible.
Java : on peut la faire sans y aller.
Luthier : c'est dans ses cordes de faire aussi des touches.
Musette
  1 : sous forme de bal, les riverains eux aussi, l'ont sur le dos. 
  2 : lorsqu'on ne va pas au bal,on ne l'a pas forcément dans le dos.
Oiseau-lyre : la musique de l'air.
Opéra bouffe : nourrit rarement son mélomane.
Orgue : avec lui, souffler c'est jouer.
Ouïes : grâce à elles, les poissons s'y entendent pour respirer.
Paroles : on a beai boire celles de quelqu'un, elles ne vous soûlent jamais.
Pavillon : celui de l'oreille héberge les sons.
Piano : ce n'est pas parce que sa facture est une affaire réglée que son luthier l'a été.
Point d'orgue : quand une partition vous ennuie, il arrive à point nommé.
Polka : qu'on sache ou non la danser, avec elle on a du pain sur la planche.
Portée : ne déroute pas les animaux: ils connaissent la musique.
Portugaises
  1 : quand elles ne sont pas ensablées, elles retiennent les perles.
  2 : en elles, les bougeoises parisiennes trouvent souvent des perles.
Potins : ce ne sont pas forcément les plus petits qui font le moins de bruit.
Quinte : fait tousser en musique.
Scie (musicale) : on vibre avec elle.
Son : c'est parce qu'il a un timbre qu'il voyage.
Tambour : quand on sait comment il résonne, on est en droit de se demander pourquoi on le met toujours en avant.
Tango : danse haute en couleur.
Téléphone arabe : de babouche à oreille.
Tourne-disques : devrait équiper les voitures en stationnement.
Trompe : Eustache n'est pas le seul à en avoir.
Trompette de la mort : champignon pour départ en fanfare.
Tympan : c'est grâce au sien qu'une église a l'oreille de Dieu.
Tyrolienne : il est naturel que ce soit toujours les hommes qui la chantent.


illustration de Valerio Adami


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11/01/2019

Off the road


De New York à New York en passant par Nashville, New Orleans, Los Angeles, San Francisco, Chicago... 
au volant d'une vieille Chevrolet Caprice, 
"Off the road", le film de la réalisatrice Laurence Petit-Jouvet 
retrace la tournée US 2000 du contrebassiste Peter Kowald (1944-2002), 
un des piliers de la musique improvisée.

The German bassist Peter Kowald (1944-2002) was one of the major figures of Free Improvised Music. The film "Off the road" was made on and around his extended tour of the USA in 2000. A journey around America in an old Chevrolet Caprice, the Laurence Petit-Jouvet's film is a "free improvised road movie" featuring encounters with many of the great names of Free Music, set against the background of "Off The Road" America.


Le film de Laurence Petit-Jouvet est attachant car il nous offre, un peu comme le font les ”road-movies”, un aperçu chronologique du voyage de Kowald, fourmillant de détails à chaque étape, avec des rencontres imprévues, des problèmes de voiture inattendus, des dialogues de rue, et bien sûr des extraits de musique avec des artistes inconnus ou connus (dont Kidd Jordan, Gino Robair, Alvin Fielder, William Parker, George Lewis, Assif Tsahar, Ali Rashied), aux quatre coins des États-Unis.

Laurence Petit-Jouvet's film is endearing because it offers us, a bit like the road-movies, a chronological overview of Kowald's journey, riddling with details at every stop, anonymous people, unexpected car problems, street dialogues, and of course music excerpts with unknown or known artists (including Kidd Jordan, Gino Robair, Alvin Fielder, William Parker, George Lewis, Assif Tsahar, Ali Rashied), all over the United States.
http://laurencepetitjouvet.com/films/offtheroad/offtheroad-VFST_trailer.mp4


Peter Kowald a collaboré avec de nombreux musiciens comme Peter Brötzmann, Wadada Leo Smith, 
William Parker, Barre Phillips, Joëlle Léandre, Evan Parker entre autres. 
Il a été aussi membre aussi du Globe Unity Orchestra d'Alexander Von Schlippenbach et particulièrement intéressé par l'ensemble d’improvisation Global Village avec des musiciens de différentes cultures du monde. 
Jusqu'en 1985, il fut membre du London Jazz Composers Orchestra.

Peter Kowald has collaborated with many musicians like Peter Brötzmann, Leo Smith Wadada, William Parker, Phillips Bar, Joëlle Léandre, Evan Parker among others. He was also a member of Alexander Von Schlippenbach's Globe Unity Orchestra and particularly interested in the Global Village improvisation ensemble with musicians from different cultures around the world. He was a member of the London Jazz Composer's Orchestra until 1985.
 
 Peter Kowald discography

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"Off the road" en coffret double DVD (Tour 2000 + concert) et CD (duos) 
est disponible chez RogueArt



”J’ai vraiment rencontré la musique lorsque j’ai découvert la musique noire américaine. 
Ce voyage est en quelque sorte un retour aux origines.”   
Peter Kowald

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